La CEDH condamne le régime ukrainien

Philippe Brindet - 25/03/2025

La CEDH, service de presse, vient de publier un communiqué relatant la décision de la Cour dans un procès (application no. 39553/16 and 6 others) opposant des familles de victimes de l'incendie de la Maison des Syndicats de Odessa Ukraine qui survint le 2 Mai 2014 aux autorités ukrainiennes.

Note : la décision est susceptible d'appel devant la Grande Chambre de la CEDH.
Note : la Chambre de la CEDH qui a rendu la décision était présidée par le juge français Mattias Guyomar.
Note : Cette chambre comprenait aussi Mykola Gnatovskyy , juke ukrainien.

Quelques rappels selon la CEDH

Le 2 Mai 2014, suite à la prise du pouvoir par le régime de Kiev qui avait chassé le président Yanoukovitch, suite à des troubles opposant les partisans du coup d'Etat de Maïdan aux russophones d'Odessa, un camp de protestataires russophones a été détruit par un assaut des militants pro-Maïdan et beaucoup de russophones de ce camp ont été contraints de se réfugier dans l'immeuble des Syndicats qui jouxtait le camp.

Il est établi que les militants pro-Maïdan ont tiré contre les pro-russes dans l'immeuble des Syndicats et y ont mis le feu pour éliminer les pro-russes. Les pompiers ont été empêchés de combattre l'incendie et 48 pro-russes sont morts dans l'incendie ou tués par les militants pro-Maîdan lorsqu'ils tentaient de fuir l'immeuble en feu.

25 membres des familles des victimes pro-russes et 3 pro-russes rescapés de l'immeuble des Syndicats ont introduit des actions devant la CEDH contre l'Etat ukrainien pour différents manquements dans le traitement gouvernemental et judiciaire de l'affaire.

Traduction des conclusions de la CEDH dans l'affaire

[...] The Court concluded that the relevant authorities had not done everything they reasonably could to prevent the violence, to stop that violence after its outbreak, and to ensure timely rescue measures for those trapped in the fire in the Trade Union Building. There had therefore been violations of the substantive aspect of Article 2 of the Convention. [...] La Cour a conclu que les autorités compétentes n'avaient pas fait tout ce qui était raisonnablement possible pour prévenir les violences, y mettre fin après leur déclenchement et assurer un sauvetage rapide des personnes prises au piège dans l'incendie du bâtiment du syndicat. Il y a donc eu violation du volet matériel de l'article 2 de la Convention.
[...] The Court concluded that the relevant authorities had failed to institute and conduct an effective investigation into the events in Odesa on 2 May 2014. There had therefore been a violation of the procedural aspect of Article 2 of the Convention. [...] La Cour a conclu que les autorités compétentes n’avaient pas ouvert et mené une enquête effective sur les événements survenus à Odessa le 2 mai 2014. Il y avait donc eu violation du volet procédural de l’article 2 de la Convention.
[...] The Court concluded that the relevant authorities had failed to institute and conduct an effective investigation into the events in Odesa on 2 May 2014. There had therefore been a violation of the procedural aspect of Article 2 of the Convention. [...] La Cour a conclu que les autorités compétentes n’avaient pas ouvert et mené une enquête effective sur les événements survenus à Odessa le 2 mai 2014. Il y avait donc eu violation du volet procédural de l’article 2 de la Convention.
[...] The Court concluded that keeping the body for those additional months had been pointless and constituted a violation of Article 8 of the Convention in respect of Ms Vyacheslavova. [...] La Cour a conclu que la conservation du corps pendant ces mois supplémentaires était inutile et constituait une violation de l’article 8 de la Convention à l’égard de Mme Vyacheslavova.

Quelques observations sur la décision de la CEDH

  1. Silence des médias occidentaux

    Bien que je lise quotidiennement la presse occidentale et observe quelques réseaux sociaux, je n'ai pas vu la moindre information concernant la décision Odessa de la CEDH. Cependant, j'ai été averti de son existence par un article du magazine WEB Grayzone, de la gauche radicale américaine, qui publiait Ukraine guilty of human rights violations in trade union massacre, top European court finds, The Grayzone - Kit Klarenberg - 24/03/25.


  2. Une décision pro-russe ?

    Le respect partisan de la CEDH au progressisme "woke" est un constat que beaucoup d'analystes conscientisés peuvent faire. Et dans les épithètes désignant l'ennemi, le progressisme "woke" utilise justement celui de "pro-russe". De fait, il est étonnant qu'une décision de la CEDH puisse être perçue comme une décision "pro-russe". Malgré tout, la CEDH dans cette décision est parvenue à faire quelques perfides remarques "anti-russes" d'ailleurs peut être véridiques. Qui sait ?

    Par exemple, la CEDH écrit dans le communiqué de presse :

    The Court’s role was to examine the applicants’ complaints purely in relation to Ukraine’s international responsibility under the Convention, regardless of the fact that some wrongdoings were attributable to specific former Ukrainian local officials who in the meantime had fled to the Russian Federation, had become Russian citizens and had even built a career there against the background of the Russian large-scale military invasion of Ukraine. Le rôle de la Cour était d’examiner les griefs des requérants uniquement sous l’angle de la responsabilité internationale de l’Ukraine au regard de la Convention, indépendamment du fait que certains actes répréhensibles étaient imputables à d’anciens fonctionnaires locaux ukrainiens spécifiques qui, entre-temps, s’étaient enfuis en Fédération de Russie, étaient devenus citoyens russes et avaient même construit une carrière dans ce pays dans le contexte de l’invasion militaire russe à grande échelle de l’Ukraine.

  3. La CEDH rappelle l'existence des ukro-nazis ....

    Le jugement de la CEDH présente l'intérêt de remettre à l'esprit l'existence d'une extrême-droite ukrainienne de type fasciste, militariste et raciste. Or, c'était une évaluation qui était commune en Occident, même chez les médias les plus "woke" - la BBC, RTS, DW.... - qui publiaient des documentaires par exemple sur des camps de jeunesse organisés par les groupuscules ukro-nazis pour préparer les jeunes ukrainiens à combattre les russes. Ces informations ont littéralement disparu peu après l'arrivée de Zelinsky au pouvoir vers 2020. Jusqu'à la décision de la CEDH de telles allégations semblaient être férocement proscrites de la propagande officielle.



Revue C-Politix (c) 25 Mars 2025